Banques & FinTechs : l’ère de la coopétition

Publié : 26 septembre 2017

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Tandis que les Fintechs ont le vent en poupe, les banques affichent leur volonté de soutenir l’innovation. Ainsi, la question de la coopération ou de la compétition entre les grands établissements bancaires et les FinTechs se pose de plus en plus. Et s’ il s’agissait plutôt de coopétition, une relation à mi-chemin entre partenariat et  concurrence ? À l’occasion du salon Banque et Innovation 2017 qui s’est tenu le 19 septembre à Paris, une table ronde a tenté de clarifier ce débat, en présence des intervenants suivants : Fabrice Marsella, le « Maire » du Village by CA Paris ; Joëlle Durieux, Directrice Générale de Finance Innovation ; François Gutierrez, VP Global Sales & Partnership chez SlimPay et Angelo Caci, Directeur Général de Syrtals Payments & Beyond.

Si la coopération entre ces deux univers n’allait pas de soi il y a encore quelques années (manque d’intérêt par les grands acteurs ? manque de discernement ?), la transformation digitale a changé la donne. Devenue un buzzword pour les grands groupes, elle fait évoluer les mentalités au sujet de ces nouveaux services bancaires. Les acquisitions s’intensifient, les projets foisonnent : au global c’est plus de 24 milliards de dollars investis à ce jour dans les Fintechs (2 fois plus qu’en 2015). Les banques réalisent enfin que ces Fintechs, au delà de proposer des technologies innovantes, sont capables d’apporter une véritable valeur ajoutée à leurs propres clients et représentent donc une opportunité d’évoluer.

Prise de capital, partenariat, village startups, pourquoi et comment travailler ensemble ?

Quelles sont les atouts des Fintechs ?

Les Fintechs, autrement appelées nouveaux services financiers, profitent d’une appétence des investisseurs et des consommateurs en forte hausse de par leur capacité à proposer un service à valeur ajoutée basé sur des nouvelles technologies et une approche customer centric, qui répond à un besoin exprimé par les clients mais qui n’a pas été pris en considération par les grandes institutions bancaires existantes.

Le nombre de Fintechs ne cesse d’augmenter depuis 2014 – on en comptait 1362 fin 2015. Bien qu’elles évoluent au sein d’un secteur strictement réglementé, les Fintechs bénéficient de nouvelles directives soutenant leur développement comme la directive sur les services de paiement DSP2. Ces startups symboles de flexibilité, d’agilité et d’innovation bouleversent profondément le marché des banques et des assurances mais représentent globalement une amélioration du système bancaire et financier avec ces nouveaux services.

Quels formes prennent ces coopérations ?

De plus en plus conscients des bénéfices d’une collaboration avec les startups du monde financier, les banques traditionnelles se tournent vers les Fintechs. De nombreuses initiatives ont vu le jour ces dernières années pour faciliter la communication et les rencontres.

Les labels et les différents pôles spécialisés en France de We Are Innovation par la BNP Paribas ou le Village by CA qui recueille environ 150 startups sont des exemples concrets de rapprochement de ces différents univers. Fabrice Marsella du Village CA expliquait lors de la table ronde que “cette initiative a pour vocation d’accélérer la transformation digitale du groupe. C’est en effet un moyen de rester connecter avec les nouvelles tendances du marché comme le big data, l’intelligence artificielle et au plus près des innovations technologiques”.

Les grands groupes reconnaissent de plus en plus les atouts des startups et tentent d’avoir une meilleure compréhension de leur façon de travailler. D’autant que ces dernières, sans contraintes organisationnelles ou de legacy, ont l’avantage de partir d’une feuille blanche. Ils s’inspirent également de ces entrepreneurs créatifs, audacieux et travailleurs et de leur façon de mener à bien un projet au vue de leurs processus sont souvent complexes et longs. Enfin, c’est aussi un levier pour attirer les compétences. En effet, le secteur bancaire a connu une baisse de 2,4% d’attractivité dans les emplois l’année dernière face à une augmentation de 14,1% pour la Fintech (source Maddyness).

Du côté des Fintechs, ces initiatives leur offrent une plus grande visibilité et un accompagnement solide et viable. C’est un réel tremplin, un accélérateur pour les startups/Fintechs.

Outre ces initiatives, il existent d’autres formes de coopérations. La banque Postale, Crédit Mutuel Arkéa, Natixis, la banque E.Leclerc, BNP Paribas … toutes ces grandes références du secteur bancaire et financier ont récemment fait l’acquisition d’une Fintech leur permettant d’enrichir leur portefeuille de services innovants, s’offrant un nouvel axe de développement commercial et surtout une accélération de leur stratégie digitale. Les banques tentent ainsi de s’adapter aux nouveaux comportements d’achat (financement participatif, transfert d’argent, cagnotte et compte associé,…) portés par les technologies digitales.

Toutefois, toutes les Fintechs n’ont pas vocation à être rachetées. C’est le cas de SlimPay qui travaille en étroite collaboration avec de nombreuses institutions financières établies dont Ingenico, Arkéa, Crédit Mutuel. François Gutierrez, VP Sales chez SlimPay explique : “ces partenariats sont facilités par notre API, qui joue un rôle majeur dans l’interconnexion des services. SlimPay met ainsi à disposition sa technologie et son savoir-faire dans les paiements par prélèvement pour développer conjointement avec ses partenaires de nouvelles solutions pour les e-commerçants. Même si nous sommes quelques fois en concurrence directe sur certains appels d’offres, nos intérêts sont communs : proposer un service de paiement rapide, fluide et customer centric.

Ainsi, il n’y a pas de forme de coopération unique. Selon les besoins et les ambitions de chacun, il faut savoir ouvrir le dialogue et communiquer sur un projet commun. Participer à un premier projet, profiter de la “fraîcheur” de l’un et de l’expérience de l’autre et capitaliser sur les synergies qui peuvent en découler. Ces deux univers sont complémentaires et peuvent continuer à grandir ensemble.

Limites de cette coopétition

Malgré la bienveillance dont font preuve les grands groupes envers ces jeunes pousses, ces dernières doivent rester vigilantes : ne pas se faire happer par le grand groupe partenaire, et ne pas miser uniquement sur ce type de collaboration afin de ne pas devenir un simple laboratoire de R&D ou “une boîte à POC” (Proof Of Concept) pour les grands groupes en oubliant de développer une stratégie commerciale propre.

Alors que les initiatives sont de plus en plus nombreuses pour accompagner les startups et accélérer la transformation digitale, seule l’union permettra à la France de se singulariser dans ce milieu international et très compétitif. Face aux marchés internationaux où la politique d’investissement reste très différente et la logique interbanque hétérogène, la France reste en retrait en termes d’investissement et de capital risque… Pourtant La Fintech est loin d’être complètement explorée et représente un énorme potentiel et la capacité à redessiner la finance de demain. Verra t-on une licorne française sortir du lot ?

PART I – Transformation digitale : Plus qu’un challenge, une nouvelle vision à adopter